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Interview de La Louise

LA LOUISE : « J’admire la dignité et ceux dont le courage est invisible… »

Par Hélène B.

Très calme et concentrée, c’est avec humour et le sourire aux lèvres que La Louise nous a parlé de son futur EP Je Fume, qui sortira au printemps 2017.

La Louise arpente, avec sa guitare électrique, un no man’s land perdu entre rock et chanson française. La Louise aime le grain, la rocaille, le pied sur l’overdrive et les six cordes qui cognent. Mais deux riffs plus tard c’est le tour du velours.
Qu’elle hausse la voix ou te cause dans le creux de l’oreille, elle convoque héros anonymes et fantômes de l’intime et raconte. Car La Louise est bien là pour te raconter des histoires. La focale c’est l’intime, les profondeurs de l’âme, mais ça n’empêche pas la légèreté. Et tu verras que sur scène, La Louise sait aussi te faire marrer.

Te souviens-tu de notre dernière rencontre ?

Oui, c’était à La Machine du Moulin Rouge dans le cadre d’un festival. J’y donnais concert en full band. C’était à l’époque de la démo Le Boxeur, j’entrais sur scène avec mon peignoir de boxeuse, mon short et mon gant de boxe ! Cette démo était un outil de démarchage, enregistrée en studio mais je n’avais pas le budget pour le diffuser à l’époque.
J’ai écrit cette chanson pour les gens qui se battent au quotidien que ce soit contre une maladie contre un fantôme du passé, qui ont à lutter, des boxeurs invisibles que l’on croise au quotidien, dont on ne sait pas qu’ils sont sur un ring. J’admire la dignité et ceux dont le courage est invisible.

En ce moment tu prépares un EP ?

Cela fait deux ans que je travaille dessus. Il sortira au printemps 2017 et va s’appeler Je Fume. C’est auto produit, financé par un crowdfunding sur Ulule. J’ai récolté plus de six mille euros ce qui équivaut à 120% de mon objectif financier. C’était une vraie surprise de voir les gens que je connaissais mais aussi des cercles plus éloignés se mobiliser pour ce projet. Des personnes que je n’ai jamais rencontrées dans la vraie vie, qui m’ont juste écoutée sur internet et qui ont été très généreux. C’est assez fort de voir aussi que des gens qui m’avaient déjà aidée à financer le mastering de la démo Le Boxeur et qui sans que l’on se soient rencontrés depuis ont à nouveau été généreux sur le crowdfunding de l’EP. Ça donne du courage de sentir que l’on est soutenue. Cela va au-delà de l’argent de sentir qu’il y a des gens qui suivent mon travail et qui croient en ce que je fais.
J’ai écrit des emails personnalisés aux 94 ululeurs qui ont participé. Certains ont été surpris que je leur écrive même si on ne se connaissait pas.

 

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Tu définies ta musique comme étant de la chanson française, rock ?

Pas facile de définir ma musique parce qu’il faut toujours remplir des cases. Mais je sais que pendant longtemps je me suis bagarrée. J’avais vraiment envie de dire oui je fais du rock et ce n’est que cela. À présent j’ouvre les choses en disant que j’ai aussi un héritage de chanson française et j’accepte que tout cela se mêle. J’ai des références musicales plutôt rock et anglo-saxonne mais c’est en français que j’écris le mieux.
Pour moi la poétesse rock par excellence est Patti Smith. Son trajet artistique, pour avoir lu Just Kids, est beau ! C’est beau de voir qu’elle est partie de la poésie et que le rock était son moyen pour rendre sa poésie populaire, pour toucher un maximum de gens. La musique est un art populaire et cela me parle. C’est le moyen cathartique le plus efficace que j’ai trouvé.

En parlant de catharsis, lors de ton dernier concert au bar Les Chaises, une spectatrice a réagi à l’une des tes chansons, 313, en répétant et criant tes mots. J’ai cru comprendre à ton regard que cela t’avait surprise et émue ?

Si j’écris et si je chante c’est parce que j’ai envie de dire quelque chose à quelqu’un et pas dans le vide. Même si je fais tout pour cela il est toujours surprenant de sentir que l’on est entendue et que cela produit une réaction chez l’autre.
J’ai écrit 313 pour Clémentine Autain, pour toutes les femmes qui ont signé le manifeste des 313 et pour toutes celles et ceux qui sont dans l’ombre. Alors lorsque cette femme dans le public s’est mise à scander la fin de mes phrases, ça m’a bouleversée ! Je ne m’y attendais pas du tout ! Et c’était puissant de sentir que l’attention était montée d’un cran.
Ce qui est drôle c’est que j’ai écrit ce texte comme un long monologue. Je n’avais pas envie du classique « couplet refrain », sans vouloir que cela soit sentencieux ou solennel. Il y a une forme de gravité : j’avais envie d’un morceau droit et digne.
C’est cette dignité là que j’admire dans la démarche de Clémentine Autain, dans le cadre de ce manifeste. Et dans l’enregistrement de l’EP, sur ce titre il y a un effet sur la voix qui donne un peu un côté mégaphone, comme si c’était une manif, un élan commun et solidaire… Dans la réalisation même, on a pensé ce morceau comme il a été écrit : un manifeste. Et quand cette femme s’est mise à crier mes fins de phrases je me suis dit « ah oui ! Même en live je suis imprégnée de cette écriture là et du travail que l’on a fait en studio avec Nathan Harnau. » Cela transparait, ça a du sens, les mots sont justes. C’était un moment fort !
Je me rends compte que j’ai toujours peur d’être maladroite sur des sujets épineux, profonds… Et le biais artistique est ma façon de parler de tout cela, de signifier que cela me touche, que j’y réfléchis, que je me pose des questions. J’ai les ovaires d’aller sur scène avec ça mais je ne les ai pas encore d’avoir un engagement politique vis-à-vis de ça. J’ai évidemment des opinions mais j’ai encore besoin de lire, de réfléchir…

Extrait du live 313 au bar Les Chaises :

 

Pour revenir sur l’aspect créatif de tes chansons, comment procèdes-tu ?

Cela part surtout d’une nécessité, il y a souvent quelque chose que j’ai besoin de dire, qui a besoin de sortir. Après ce n’est jamais un texte que j’écris et une musique je mets dessus, c’est plutôt une rencontre. Il y a des mots qui sont là d’un côté, un truc dont j’ai envie de parler et je cherche l’angle progressivement, je prends des notes. Ça arrive souvent avec un phrasé, des fois se sont juste deux mots ensemble qui me plaisent. Cela donne une rythmique, une couleur… Je pars souvent de riffs, de gimmicks qui peuvent rencontrer un des sujets qui est sur le feu au même moment. Ou alors le riff de guitare m’emmène quelque part.
Je n’ai pas de texte en réserve mais j’ai même pas mal de musiques en réserve… Même si je ne sais pas de quoi cela parle, je sais quelle est l’humeur de cette musique. On ne peut pas tricher avec ça, on ne peut pas plaquer n’importe quoi dessus. Et du coup je sais à quel étage cela se situe : si c’est plutôt ma tête qui parle, mon cœur, mon sexe, mon bide… Je sais d’où ça vient ! Et un jour le morceau m’appelle de nouveau et je sais ce qu’il va dire. Des fois ça se passe tout de suite, des fois ça prend des années.

Quel sera le premier single de ton EP ?

Je Fume ! Dont le clip sortira en même temps que l’album et a été réalisé par Jan Sitta.
C’était comme une évidence, choisir un morceau qui part de l’intime et qui s’élargit. J’avais beaucoup de retour du public sur cette chanson précisément.

Vidéo live Je Fume :

Retrouvez La Louise

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