Par Alison O’Prêtre

 

Pour ceux qui n’ont pas encore goûté l’artiste, voici la recette :

Mykki Blanco est une savoureuse et originale composition de chanteur hip-hop, garnie de textes poétiques et nappée d’une parure underground, mi punk-mi drag-queen.


Michael David Quattlebaum Jr. bouleverse les codes du Rap Game. J’évoque ici un artiste qui envoie valser les institutions du Hip Hop avec nuances et transcendance.
La découverte de cet artiste et la première claque que je reçue se produisent en 2012 avec le clip Haze Boogie Life.

 

Impressionnée par la dualité qu’il dégage, je suis déstabilisée : comment peut-on lier à la fois la virilité d’un rappeur et la sensualité d’une femme ?
Il réussit à me séduire avec son attitude de Bad Boy et à m’émoustiller en créature sulfureuse de boite de nuit.
Ma fascination est décuplée quand je le découvre en live au Cabaret Sauvage en mars 2013 pour son premier concert Parisien. À mes yeux, la présence magnétique de son alter égo Mykki était bien plus subversive que celle du Wu Tang Clan, le mythique groupe de rap new yorkais des années 90, que je vis sur scène la même année.
Mais je ne devrais pas employer ce qualificatif… Il déteste le terme « subversif » ! « Seuls les hétéros utiliseraient le mot « subvertir » … Les gens comprennent ce que je fais comme si j’étais en train de me rebeller contre quelque chose, comme si je n’étais pas celui que je suis. Or, je suis celui que je suis, et je rappe. » (source : TRAX MAG )

Une certitude me gagne alors : j’aime profondément ce nouveau performeur, pour son beat percutant, l’univers queer et le mystère qui entoure son histoire.

Symbole des LGBTQI* et des minorités

Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que cet artiste incarne bien des minorités : homosexuel, noir, juif, séropositif, transgenre et féministe, Mykki combats sur plusieurs fronts.
A seulement 16 ans, il fugue et s’installe à New-York. Curieux et cultivé, il fréquente les clubs gays où se côtoient stripteaseurs et artistes et devient peu à peu la nouvelle figure LGBTQI new-yorkaise. Il publie même un recueil de poèmes Le silence de Duchamp. Sa poésie s’accouple naturellement à son univers Hip Hop et donne vie au personnage de Mykki Blanco. Sa carrière de rappeur commence aux Etats-Unis. Hyperactif, il enchaine tournées et enregistrements.

 

©Emilie Zasso

 

Sa séropositivité

En 2015, Mykki apprend qu’il est séropositif. Pour exorciser cette pesante nouvelle qui l’emprisonne moralement, il décide de l’annoncer sur les réseaux sociaux surpassant ainsi sa peur qu’il évoque avec émotion dans sa chanson You don’t know me et également dans l’interview menée par Mouloud Ashour pour l’émission Clique.

 

Plongé dans un profond désespoir lié à l’homophobie régnante dans l’industrie musicale, Mykki décide de faire une pause dans sa carrière pour devenir journaliste d’investigation. Concrétisant son intérêt pour l’identité de genre, il souhaite partir étudier les droits LGBTQI au Népal.
Deux semaines avant son départ, un tremblement de terre frappe les terres népalaises. Cette tragédie met fin à son projet. Mykki décide alors de retourner sur scène.

Véritable premier album et collaboration

Lors d’un Festival à Dublin, il fait la rencontre d’un grand artiste français qui lui dit : « Tu es trop talentueux pour arrêter de chanter, si tu le veux j’aimerais enregistrer des morceaux avec toi » (source : TRAX MAG )
L’artiste en question n’est autre que Woodkid. Tout comme Mykki, le français a plusieurs casquettes : musicien, interprète, réalisateur et graphiste. Ce qui les lie, c’est peut-être leur mélancolie créatrice ainsi que l’esthétisme des plans de leurs clips respectifs.
Ils décident tous deux de collaborer et de créer un album. L’enregistrement de MYKKI se fait à Paris durant l’été-automne 2016. Le partage entre les deux artistes permet à Mykki Blanco de s’ouvrir à d’autres styles musicaux comme la pop et d’affiner son écriture. Ses textes sont plus introspectifs qu’auparavant. Il va jusqu’à reprendre des extraits de son journal intime dans Interlude 2, aborde sa solitude dans Loner et dévoile son besoin d’amour dans The Plug Won’t.
Grâce au lyrisme de Woodkid, il découvre aussi comment utiliser autrement sa voix : chant et rap se mêlent.
L’album se construit comme un film. Le clip du morceau High School Never Ends me fait l’effet d’une claque, tout comme je l’avais vécu en 2012. Lorsque je le visionne pour la première fois, l’émotion est immense : j’ai la gorge nouée, la chair de poule et le cœur transpercé. Tous les ingrédients sont réunis, Mykki Blanco est un bon acteur.

 

 

Nous avons profité de sa présence à Paris, dans la cadre de la soirée Salò #9 : Club Mykki, pour rencontrer cet artiste qui a généreusement accepté une séance photo improvisée. Son concert a été à la hauteur de nos attentes, Mykki Blanco nous a fait vibrer avec la présence scénique qu’on lui connait !

 

©Emilie Zasso
©Emilie Zasso

 

 

 

 

 

 

 

*Lesbiennes, Gays, Bisexuel·le·s, Trans, Queers, Intersexué·e·s

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